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Kounkoufouanou, où le rêve suspendu d’une communauté déguerpie

samedi 13 janvier 2018, par mcoul

Kounkoufouanou est un hameau de culture situé à environ 70 km de Fada N’Gourma dans la région de l’est du Burkina Faso sur l’axe Fada N’Gourma-Pama-frontière du Bénin. Il a été fondé par des populations venues de la Gnagna (une province de la même région) dans les années 1980 en quête de terres cultivables. La communauté qui s’y est installée sous la procédure du droit coutumier, comptait environ 7000 âmes en 2015.

Les habitants vivent actuellement (décembre 2017) dans la stupeur et voient aujourd’hui leurs espoirs envolés. Déguerpis et dispersés manu militari le 16 juin 2015 par les forces de défense et de sécurité sur ordre du gouverneur de la région de l’Est, les habitants de Kounkoufouanou s’y sont réinstallés, ne sachant où aller, en tout cas pour certains, malgré les menaces imminentes qui planent sur eux.
Il leur est reproché d’occuper une zone pastorale, alors que, selon des enquêtes menées par l’ONG FIAN Burkina Faso, il ressort que ces populations sont installées au-delà de la ligne de délimitation de la zone pastorale matérialisée par des balises et que ladite zone a fait également l’objet d’octroi d’un permis d’exploitation minière.
Les populations y vivent de nos jours dans des conditions difficiles pour certains, précaires pour d’autres, et dans un désespoir certain pour d’autres encore. La santé, l’éducation, le gîte constituent les préoccupations majeures actuelles de ces populations en quête de bien-être, dont nous avons rencontrées certaines personnes le 27 décembre 2017.

« Actuellement, nous vivons un problème pour accéder aux soins de santé, pour nous-mêmes et nos enfants. Il est très difficile de se faire prendre en charge pour les pesées ou quand on est malade », a ajouté Sala Yawouri, une habitante de Kounkoufouanou.
L’école de 4 classes dans laquelle étaient scolarisés près de 150 élèves au moment du déguerpissement a été fermée. « Depuis le 16 juin 2015, les droits des élèves sont violés car on a enregistré des cas d’abandon depuis le déguerpissement. Et même nous qui sommes ailleurs, on ne fréquente plus faute de moyens », a déclaré Amadou Tindano, un ancien élève. Et à ce propos, Loudia Dambina en appelle au Président du Faso afin que « nos enfants puissent aussi accéder au savoir ».

En juillet 2017, la communauté a été menacée de subir le même sort que celui de 2015. Alertés, des activistes des droits humains et des journalistes ont engagé un tapage communicationnel important ce qui suscité la réaction du Président du Faso sur la question. En effet, Roch Marc Christian Kaboré a promis de travailler à trouver une solution à la situation de Kounkoufouanou.

Tout compte fait, les habitants qui se sont réinstallés, disent ne plus ou pas avoir de soucis relatifs à leur alimentation. « Nos récoltes sont abondantes et nous parvenons même à vendre une partie », a déclaré Moussa Diabouga.
Ils demandent seulement une stabilisation de la situation. Moussa Diabouga : « Nous ne tenons pas à rester à Kounkoufouanou ; nous y sommes il y a plus de trente ans, depuis 1983. Si l’Etat veut nous déplacer, qu’il nous envoie dans une zone où il y a des terres fertiles à l’agriculture ; nous sommes des agriculteurs ».

L’opération de déguerpissement s’était effectuée dans des conditions extrêmes car selon les victimes, les forces de sécurité leur auraient dit avoir reçu l’ordre de l’autorité de « détruire tout édifice autre que naturel ». Les biens (maisons, greniers, matériel, animaux) ont donc été saccagés, brulés, des personnes battues, enfermées, des enfants dans le ‘’sauve qui peut’’ se sont égarés, tout cela dans en pleine saison pluvieuse.

Avec l’appui matériel et surtout l’appui-conseil et communication des organisations non gouvernementales et des Organisations de la société civile (OSC) dont la Dynamique burkinabè de la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau – Afrique de l’ouest (CGLTE-AO), la communauté déguerpie et qui se réinstalle progressivement garde le moral et l’espoir. Elle est entrain de réclamer le rétablissement de ses droits qu’elle juge violés par l’Etat.
Si aujourd’hui, les habitants réinstallés de Kounkoufouanou vivent dans une accalmie, celle-ci reste précaire, et leur départ vers une zone ‘’inconnue’’ reste d’actualité et imminent.

Boureima LANKOANDE
Dynamique burkinabè de la CGLTE-AO

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