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Environnement forestier : les forêts de ziama et de Diécké dans le sud du pays en danger ?

samedi 3 février 2018, par mcoul

Depuis des semaines maintenant la forêt de ziama et de diécké dans le sud du pays font l’actualité en Guinée et même au-delà. L’accord d’exploitation entre le Gouvernement Guinéen et la société « forêt forte » est à l’origine de cette polémique qui fait réagir les acteurs de la société civile, particulièrement les amoureux de la nature. Dès, l’annonce de la nouvelle, des réactions ne se sont pas fait attendre. Des slogans du genre « Laisser les forêts Ziama et Diécké mourir, c’est laisser mourir à jamais l’espoir d’une GUINEE verte et écologique », ou encore « ne sacrifions pas l’environnement pour un développement illusoire », sont avancés par ces défenseurs de la chose verte.

Pour le rappel des faits, il vous souviendra que c’est le 05 Avril 2002 qu’une convention portant sur l’exploitation d’un complexe industriel de transformation du bois à N’Zérékoré a été signée entre le Gouvernement Guinéen à l’époque et COUJY corporation, société de droit privé régie par la législation de la République Populaire de Chine.
Dans cette convention il est clairement ressorti les points sur l’exploitation, la transformation, la réhabilitation, l’engagement de l’investisseur, les obligations de l’Etat. La dite convention, fait également état des dispositions financières et bien d’autres.
Les signataires font aussi état des « avantages » de la convention en ces termes :
« l’exploitation des forêts classées qui rentre dans le cadre d’un plan d’aménagement national apporterait à coup sûr, un relèvement du bien-être de l’ensemble de la population contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté, une réduction très sensible du chômage par la création d’emploi, une économie de devise par la réduction de l’importation des produits forestiers (contre-plaqué – placages etc. ….), un approvisionnement régulier du marché local en bois, des taxes forestières augmentant ainsi les recettes budgétaires de l’Etat ».

Signé par le Ministre de l’Agriculture, de l’Elevage, des Eaux et Forêts et le Directeur Général de la Société Coujy Corporation le 16 Mai 2005. La convention et son avenant ont été par la suite ratifiés et promulgués par la loi L/2005/016/an par le Président de la République le Général Lansana CONTE.
Il est à rappeler que Les forêts de Ziama et de Diécké ont été classées en 1945 par l’administration coloniale….. Elles couvrent respectivement 117 200 ha pour la forêt de Ziama et 58 670 ha pour la forêt de Diécké. Ces forêts englobent des paysages diversifiés allant des forêts d’altitudes aux forêts denses humides et aux zones de savanes. Malgré la forte pression qui s’y exerce, la biodiversité est très riche et renferme encore des espèces emblématiques mais malheureusement menacées de disparition. Il s’agit de l’éléphant, du chimpanzé, et du lion entre autres.

A préciser que la durée de validité de la convention est de 25 ans à compter de la prise d’effet.

Cependant pour mains observateurs, depuis la signature de ces conventions, les forêts classées de Ziama et de Diécké n’ont jamais été l’objet d’exploitation de la part de la société « Forêt Forte ». Les activités de la société se sont par contre, focalisées sur l’exploitation des forêts communautaires de la région. Il a fallu attendre le 24 Octobre 2016, pour qu’en réponse aux courriers 002059 du 15 avril 2015 et 00826 du 19 Octobre 2015 du Ministre d’Etat, Président du comité des investissements, pour que le Président de la République marque son accord pour la mise en œuvre de la convention signée en 2002 et ratifiée en 2005 entre l’Etat Guinéen et la Société Coujy Corporation. Poursuivant, c’est seulement en décembre 2016, q’une mission conduite par Madame la Ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts a parcouru la région pour expliquer le contenu et la portée du projet d’exploitation ‘’sélective’’. A la suite de la Ministre, deux missions parlementaires se sont rendu dans les zones, la première soutenant l’exploitation et la seconde s’y opposant catégoriquement à l’exploitation considérée « sélective ».

Pour revenir au cas des opposants à cette exploitation, les arguments développés sont nombreux. Ils en parlent d’ailleurs, en termes de conséquences. C’est ainsi qu’on évoque la perturbation de la pluviométrie, la disparition des plusieurs espèces animales et végétales, de la baisse du rendement des cultures ou encore de l’ensablement des bas-fonds à cause de l’érosion. Ils vont jusqu’à affirmer que l’autorisation de la société « forêt forte » à exploiter les deux forêts auraient « une lourde conséquence sur l’avenir de la Guinée et du monde entier » car, elles sont considérées comme patrimoine historique et mondial.

Toujours pour marquer leur opposition à ce projet d’exploitation, d’autres arguments et non des moindres sont avancés. Il s’agit de la perte de biodiversité au niveau des forêts qui hébergent plus de 80 pour cent de la biodiversité terrestre et représentent l’un des derniers refuges pour de très nombreuses espèces animales et végétales disent-ils. C’est pourquoi, poursuivent-ils, la déforestation est une catastrophe aussi bien pour l’Homme que pour les autres espèces puisque l’on estime que 27 000 espèces animales et végétales disparaissent chaque année, notamment par le fait des hommes. Cette perte de biodiversité, selon ses adeptes peut cependant être irréversible, avec toutes les conséquences possibles.

Par ailleurs, la santé des populations est aussi à ce prix selon ces acteurs ce, contrairement aux idées reçues, les forêts réduisent selon eux, les maladies infectieuses.
Les forêts tropicales non perturbées peuvent exercer un effet modérateur sur les maladies provoquées par les insectes et les animaux. Ils vont jusqu’à faire remarquer que "le déboisement des forêts primaires reste l’une des causes principales de l’apparition de nouveaux agents infectieux et de leur circulation épidémique dans les populations humaines".
L’agriculture est aussi touchée. La déforestation causerait également l’aggravation des catastrophes naturelles et détériorerait la qualité des sols. En effet, le couvert forestier entraine la dégradation des terres et la désertification en stabilisant les sols, réduisant l’érosion hydrique et éolienne et maintenant ainsi le cycle des nutriments dans les sols. Les forêts aident à reconstituer les nappes phréatiques si cruciales pour l’eau potable.

Ainsi, les trois quarts de l’eau accessible proviennent de bassins versants forestiers, et les forêts, en filtrant et en retenant l’eau, protègent les bassins versants qui fournissent de l’eau douce purifiée aux rivières.

S’agissant du réchauffement climatique, la déforestation participe fortement aux émissions de gaz à effet de serre, responsable de ce phénomène dont les effets ne sont plus à démontrer. A titre d’exemples, on citera les inondations, la sécheresse, la forte chaleur par endroit ou encore la baisse de la pluviométrie come c’est le cas dans de nombreux pays dont la Guinée.
Comme on le voit, les arguments ne manquent pas pour ces défenseurs de la nature, reste à savoir s’ils seront entendus, là est en tous cas, la question.

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