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Les Sans terre du Mali en conclave à Ségou, exigent la sécurisation foncière des communautés.

jeudi 29 mars 2018, par mcoul

La ville de Ségou, a abrité du 26 au 27 mars 2018, la 4ème édition du « Village sans Terre », avec comme leitmotiv une gouvernance foncière inclusive garantissant la sécurisation foncière des communautés.
La cérémonie d’ouverture des travaux de cette 4eme Edition a été présidée par M. Abou Dao, deuxième Adjoint du préfet de Ségou, au Centre Mieru Ba en présence des représentants des services techniques de Bamako et Ségou en charge du foncier, des universitaires, de la FAO, des organisations de la société civile et les communautés victimes d’accaparement des terres venues des régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Mopti et Ségou.

Pour rappel le village des Sans terre est un espace annuel de dialogue entre les victimes d’accaparement des terres et les autres acteurs notamment les autorités autour de la gouvernance foncière. Il a été initié depuis 2014 par la Convergence Malienne contre les Accaparements des terres(CMAT) en vue de trouver des solutions idoines applicables pour la sécurisation des droits fonciers des communautés. Il fait suite à la complexité et la tournure dramatique que prend le phénomène des accaparements des terres surtout son impact sur la stabilité et la cohésion au niveau des communautés et de façon globale sur la nation malienne.

Lors de la cérémonie d’ouverture Ibrahim Coulibaly de la CNOP, au nom du président de la CMAT, n’a pas manqué de marteler que l’ampleur de l’accaparement des terres devient de plus en plus inquiétante et que c’est généralement les pauvres qui sont victimes. Il faut qu’on se donne la main pour que cela cesse. « Nos terres représentent tout pour nous », ajoute -t-il. Pour cela, il lance un appel aux uns et autres de faire tout pour préserver nos terres. Les cultivateurs représentent la majeure partie de la population malienne et contribuent beaucoup à l’économie nationale. Donc, il faut que l’État prenne ses responsabilités, conclu-t-il.

Pour sa part, Abou Dao, le deuxième adjoint au préfet du cercle de Ségou, dira que cette rencontre est d’une importance capitale, car le foncier fait l’objet de plusieurs débats. Il est également source de plusieurs conflits dans notre pays, surtout en milieu rural. Selon lui, cette année l’espace « village sans terre » permettra aux paysans de se familiariser avec le contenu de la Loi Foncière Agricole (LFA) qui a été promulguée le 11 avril 2017 qui reconnaît les terres agricoles des communautés, l’espace vital des villages et les terres des familles. « Le village sans terre sera le symbole de cette volonté collective de l’État, des communautés et de la société civile pour trouver des solutions aux conflits fonciers avec le partage de la nouvelle Loi Foncière Agricole et de ses décrets », affirme-t-il.

Au cours des deux jours de travaux, les débats se déroulés en panels et ont portés sur (i) la loi sur le Foncier agricole avec le Droit des communautés, (ii) le Droits des communautés sur les terres immatriculées ou aménagées de l’Etat et (iii) Souveraineté alimentaire et Agroécologie paysanne. L’un des moments forts fut la série de témoignages des représentants des villages victimes d’accaparement des terres. Des brimades, de la persécution, même des pertes de vie humaine ainsi que la dégradation du niveau de vie et la dislocation des familles au niveau des communautés ont été mis à nu par les victimes.

Une déclaration finale a sanctionné les travaux de cette édition du village des Sans Terre tenue pour la première à l’intérieur du pays. Elle comporte les principales recommandations formulées au cours des débats, portant sur la mise en cohérence des différents textes sur le foncier et l’application effective de la loi sur le foncier Agricole à travers notamment la reconnaissance des terres ancestrales des communautés. Entre autres on peut citer :

  • L’arrêt de toutes formes de violences physiques sur les communautés villageoises, de tout accaparement de terre des communautés et rendre justice sur les cas de criminalité sur les paysans ;
  • La résolution des conflits qui perdurent depuis des années et qui se retrouvent dans les 10 doléances remises au gouvernement lors du 1er village sans terre ;
  • L’opérationnalisation du cadre de concertation entre l’Office du Niger et les collectivités territoriales, tel que prévu par le décret de gérance de 2014 ;
  • La mise en œuvre des recommandations de la mission conjointe primature/CMAT de 2014 afin que les communautés de Sanamandougou et des 7 villages de San puissent vivre dignement de leurs terres ;
  • La mise en place un comité de suivi pour la mise en œuvre des engagements pris envers les communautés (Didieni, temou,…) affectées par la société N’Sukala, et l’arrêt de la contamination chimique des eaux et ordonner d’urgence une étude d’impact environnementale et sociale dans la zone ;
  • L’implication des communautés dans l’élaboration des textes de sécurisation et de gestion des terres aménagés de l’Office du Moyen Bani ;
  • La résolution des problèmes d’éviction des exploitants sur les terres aménagées et le respect des normes et des textes concernant l’octroi des baux notamment la réalisation effective des études d’impact environnemental et social ;
  • L’abandon de toute initiative tendant à la reprise du projet SOSUMAR dans la zone du Sana (Sansanding) conforment à la position des communautés de la zone ;
  • Stopper l’utilisation anarchique des systèmes de dragage qui entrainent une diminution des niveaux d’eau et polluent les ressources ;
  • Le respect des droits coutumiers des villages et des hameaux dans l’amodiation des forêts, notamment celles de Mande wula et de Nema wula ;
  • La mise en place des terroirs en agroécologie paysanne en s’appuyant sur le manifeste de l’agroécologie paysanne de Nyéléni et la reconnaissance des systèmes semenciers paysans et les droits collectifs dans la politique semencière en cours de révision ;

En fin, on pourrait affirme que la CMAT a gagné son pari de mobilisation, sur une prévision de 500 participants la salle Mieru Ba a finalement récusé plus de 600 personnes. Pour un des participant « j’ai été très satisfait car j’ai pu extérioriser ce que j’avais sous le cœur, les problèmes auxquels nous sommes confrontés depuis plus de 7 ans, ma famille est éparpillé dans d’autres endroits du pays,.. »
Tout espérant, que les autorités prendront à bras le corps les recommandations issues de cette rencontre pour le bonheur des communautés rurales, et la stabilité du pays, vivement la prochaine édition du Village des sans Terre !

AGENDA

Caravane Ouest Africaine, droit à la Terre, à l’Eau et à l’Agroécologie paysanne : une lutte commune !

Lieu :

Descriptif:

Après celle de mars 2016, la CGLTE OA organise la deuxième édition de la caravane ouest africaine, Droit à la terre, l’eau et à l’Agroécologie Paysanne : une lutte commune ! du 10 au 30 novembre 2018
Guinée - Côte d’Ivoire, Ghana, Togo et Benin
Plus de 300 personnes participeront à cet évènement qui touchera plus de 10 000 personnes composées de Communautés, Organisations et Mouvements Paysans, Eleveurs, Pêcheurs… ONG, Défenseurs des droits humains, Femmes, Jeunes.

Mali - 4e édition du Village des Sans Terre à Ségou

Lieu :

Ségou - Mali

Descriptif:

La CMAT organise la 4e édition du Village des Sans Terre à Ségou les 26 et 27 mars 2018 à l’espace Mieru Ba

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